"Une contrée à nulle autre pareille" décrivait Nicolas Balescu, un des chefs de la Révolution de 1848 en parlant de cette Transylvanie. Des rivières profondes surgissent, longeant le bas des montagnes Carpates pour devenir plus sages lorsqu'elles entourent les petits villages nichés au pied des rochers géants. Les habitants, jadis, élevaient des moutons, où travaillaient aux mines de sel ou de charbon.
Autrefois, on y venait aussi pour y chercher de l'or. Toutefois, quoique entourés de ces richesses, les gens sont demeurés pauvres parce que le pouvoir de transaction avec l'extérieur a été mal géré et les fermiers furent incapables de vendre le surplus de leur récolte. La vie resta simple.
La Transylvanie fut occupée par les Hongrois jusqu'en 1940-44. Le temps a passé et les Hongrois sont maintenant en minorité. À 20 milles de Poiana, se trouve Brasov où on peut admirer ... ou s'en effrayer, le château de Vlad Dracul, le comte Dracula. On chuchote les soirs de pleine lune que le comte naquit à quelques "dents" de là ...
Je poussai la grille le coeur battant. Je montai les marches de pierres calées dans les ronces et atteignis enfin le portail ... déjà le mystérieux planait. Comme dans les histoires, j'ai du activer le marteau de fer rouillé. J'attendis, hésitante, pendant qu'une énorme gargouille laissait tomber des gouttes d'eau sur mon chandail de laine. Enfin, on vint ouvrir. La porte grinça et un valet anémique me pria d'enlever mes souliers. J'enfilai des mules de coton en silence. Pourquoi suis-je venue! Je sursautai. Une voix qui semblait venir d'outre-tombe me souhaita la bienvenue. Je n'étais pas rassurée mais, avec courage, je commencai ma visite, me laissant distraire par les meubles magnifiques, les boiseries anciennes, m'arrêtant de temps en temps pour contempler les paysages et respirer l'air pur que m'offraient les fenêtres ouvertes sur une légende qui perdure.

Un portrait de la femme de Dracula retint mon attention ... un rayon de soleil, filtrant à travers un vitrail, lui donnait vie. Elle était superbe! En face, sur l'autre mur, le portrait de Dracula. Ses yeux étaient tendres mais diaboliques, sa bouche fine et haïssable, son menton autoritaire et pointu. Pouvait-on devenir amoureuse d'un tel homme? Je me retournai; c'est alors que je vis un homme portant la barbe ... je poussai un cri et fis sursauter un pauvre touriste qui, discret, regardant les tableaux se posait en même temps que moi les mêmes questions. Nous partîmes à rire de bon coeur et, ensemble, nous terminâmes la visite du château. Arrivés à la bibliothèque, une bonne, toute de noir vêtue, vint nous offrir le thé. Une musique macabre semblait sortir des murs; j'en eus froid malgré le feu dans la cheminée et ma main tremblait lorsque je pris un biscuit en forme de cercueil. Mon voisin avait prétexté la diète pour refuser le gâteau à la crème autour duquel se lovait un serpent ... en chocolat. L'horloge sonna quatre coups et une voix grave marqua la fin de la visite. J'échappai la cuillère lorsque je déposai ma tasse. Dans le jardin, nous nous arrêtâmes au puits où le lierre centenaire s'y était emmêlé. Nous jetâmes de la menue monnaie, faisant chacun un voeu comme se doit la tradition. Un sentier où les fleurs se débattaient pour survivre nous indiqua la sortie. La grille se referma.
Les vampires existent-ils?
En Transylvanie, on est porté d'y croire!


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