Retranchée derrière son mur dТenceinte, la ville dТHarar semble ne pas donner prise au temps. La vie pourtant, entre mosquées et marché, continue de battre.
Juchée а plus de 1800 mètres dТaltitude, la ville est entourée dТune enceinte fortifiée de quatre mètres de haut, percée de cinq portes. A lТintérieur : un lacis de 362 venelles bordées de petites maisons traditionnelles entre lesquelles circulent avec peine de vieilles voitures fatiguées.
Moins connue que dТautres villes du pays comme Axoum, Lalibela ou Gondar, elle est pourtant Ђ un des rares exemples de ville préindustrielle encore intacte ї, comme le note Jara Hailé Mariam, responsable de lТAutorité de recherche et de conservation du patrimoine éthiopien. En témoignent le cliquetis entêtant des vieilles machines а coudre qui crépite le jour dans le quartier des tailleurs ou le rougeoiement des forges rassemblées dans le quartier qui borde la porte de Buda.
Au petit matin, ce sont les appels des muezzins qui retentissent dans cette ville aux 82 mosquées. Ce nТest pas pour rien quТHarar est considérée comme Ђ la quatrième ville sainte de lТislam ї. CТest au XVIe siècle quТelle devient la capitale dТun royaume musulman indépendant, au prix de luttes sans merci avec les empereurs chrétiens qui dirigent alors le pays. Vestige imposant de cette période de rébellion : le mur dТenceinte, ou Jugol, qui encercle toujours la ville. Comme hier, les portes sont encore fermées а la tombée de la nuit. Chacune porte un nom : Choa ber, Buda ber, Erer ber ou encore Fellana ber.
CТest par lа que transitaient jadis les marchands, du temps où Harar était la porte dТaccès vers lТEthiopie, а partir de la côte du golfe dТAden. Plusieurs denrées feront sa renommée : lТivoire, les peaux et surtout le café. CТest dТailleurs pour faire le commerce du précieux grain quТа la fin du XIXe siècle, un voyageur de commerce pas tout а fait comme les autres débarque dans la ville. Son nom : Arthur Rimbaud. Le poète y séjourna а partir de 1880. CТétait le temps où les caravanes apportaient les marchandises en provenance des Ђ monts abyssins ї de lТouest et des comptoirs du golfe dТAden. La création de la ligne de chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, au début du 20e siècle, marquera le déclin de la ville.

Le commerce nТest pas mort pour autant а Harar. Il y a deux marchés : le marché musulman, dans la cité, et le marché chrétien, à l'extérieur. Les coutumes des différentes ethnies qui s'y côtoient font de ces endroits des arrêts pittoresques. Au grand marché de Gidir Magala, drapées dans des tenues aux couleurs vives, les femmes hararies, somalies, amharas ou oromos se pressent toujours а la recherche dТépices, de légumes, de fruits, de cotonnades, de céréales ou dТherbes médicinales. A la recherche aussi des fameuses feuilles de khât, qui, mâchées, provoquent un état doucement euphorisant. De quoi oublier que dТici la tombée de la nuit, lorsque lТombre des minarets sТallongera dans le crépuscule et que les portes se seront refermées, les hyènes descendront des montagnes et encercleront la ville.

À voir:
La (fausse) maison de Rimbaud, а Harar. Arthur Rimbaud (1854-1891) signa en 1878 un contrat а Aden, au Yémen, pour le compte d'une entreprise commerciale. Il se rendit а Harar pour se livrer au négoce et organiser des caravanes. Il entreprit plus de dix fois le trajet qui menait de Harar а la mer Rouge en bravant les insolations, les maladies et les attaques meurtrières des peuples danakil.


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